• Feng Zhiqiang sur l’intégration du Corps et de l’Esprit

    Feng Zhiqiang sur l’intégration du Corps et de l’Esprit

    par YANG YANG et SCOTT GRUBISICH :

    publié originellement dans le numéro de Juin 2000 du « T’AI CHI MAGAZINE ».



    Introduction par Yang Yang

    Feng Zhiqiang est un Grand Maître de la 18ème génération du style Chen de Taijiquan. Il est renommé comme l’un des meilleurs étudiants du Grand Maître Chen Fake, le 17ème descendant de la famille Chen, et aussi du Grand Maître de Xinyi, Hu Yaozhen.

    En Décembre 1997, je revenais en Chine pour la première fois depuis mon arrivée aux Etats Unis. Selon les us et coutumes de la tradition martiale, ma première priorité fut de visiter mon shifu (NDT : Maître), le Grand Maître Feng.

    Ce qui suit est le résultat d’un entretien que j’ai alors eu avec lui, et de ceux que j’ai eu au cours de mes visites suivantes pendant quelques années avec le Grand Maître Feng. Les entretiens furent commandités par M. Marvin Smalheiser, l’éditeur du « T’Al CHI Magazine ».

    Le Taijiquan est un art subtil. Immanquablement, les mots employés pour décrire les niveaux de progrès le sont tout autant. Pour reproduire les enseignements du Grand Maître Feng sans en omettre le sens, j’ai tenté de traduire ses mots aussi près que possible de leur sens originel. A de nombreuses reprises, je fus obligé de retenir les termes Chinois originaux.

    Je crois que les traductions précises et les explications des dictons traditionnels sont cruciaux pour les personnes qui ne parlent pas le Chinois, afin de comprendre l’étude de notre art martial. J’ai observé à ce titre, en diverses occasions, des sessions où des traductions pauvres de sens et/ou de mauvaises prononciations ont rendu confus, voire déformé le sens correct des enseignements.

    Dans cet article, nous avons employé le système de notation pinyin utilisé pour écrire les mots Chinois, avec l’intonation notée entre parenthèses. En Chinois Mandarin, chaque mot peut s’épeler avec un à quatre tons différents. Des intonations distinctes ont des significations diverses. Ainsi, toute occidentalisation doit inclure le ton pour transmettre la signification entendue par l’interlocuteur. Par exemple, xin(1) signifie xin avec la première intonation, le nombre 1 représente ce premier ton.

    J’ai assumé que la communauté occidentale du Taiji est déjà familière avec quelques uns des termes les plus usuels du Chinois, tels que xin(l) [coeur-esprit], yi(4) [esprit-intention], peng(2)/lu(3)/ji(3)/an(4) [repousser/tirer en arrière/pousser/presser], et jing(l)/qi(4)/shen(2) [essence/énergie intrinsèque/esprit]. Lorsque cela a été nécessaire, j’ai expliqué ou clarifié les dictons Chinois originaux.

    Mes traductions et commentaires sont entre parenthèses comme cela [] pour les distinguer des paroles du Grand Maître Feng. Il est difficile de traduire certains des dictons traditionnnels en français. Je souhaite exprimer ma gratitude au Dr. Kam Ming Wong de l’Université de Georgia à Athènes (NDT : Etats-Unis) pour sa relecture et ses commentaires sur certaines des traductions.

    A de nombreuses reprises le Grand Maître Feng a insisté sur xiu(1)lian(4), qui se réfère à un niveau plus profond de pratique et de compréhension. Xiulian requiert l’intégration et l’entraînement conjoint du corps et de l’esprit.

    La référence à l’entraînement de l’esprit par xiu-lian est une forme d’exercice spirituel, qui comprend la moralité, la pureté de pensée et du comportement, etc. Cela peut être soit un verbe, soit un nom, et le Maître Feng les emploie tous deux.

    La référence à l’entraînement de l’esprit par xiu-lian est une forme d’exercice spirituel, qui comprend la moralité, la pureté de pensée et du comportement, etc. Cela peut être soit un verbe, soit un nom, et le Maître Feng les emploie tous deux. 


    Entretien

    Yang Yang (YY) : Qu’est-ce que le Taiji ? Comment est-il exprimé dans l’art du taijiquan ?

    Feng Zhiqiang (FZQ) : Le Taiji est essentiellement le Ciel et la Terre. Avant l’origine de la Terre et du Ciel, il y avait un abîme ou un vide, appelé wuji. Il n’y avait pas de différence entre la clarté et l’obscurité.

    Bien que wuji soit caractérisé par jing(4) [tranquilité], il avait aussi du mouvement, un élément dynamique. Lorsque le mouvement s’accumula jusqu’à un niveau critique, alors vous avez ji(2) dong(4) [grand mouvement].

    A ce stade, l’énergie claire s’élève, et l’opaque va vers le bas. S’élever signifie le Ciel, aller vers le bas signifie Terre. Alors, Taiji se manifeste. Taiji a le yin et le yang : la tranquilité et le mouvement, l’inspir et l’expir, le doux et le dur, l’ouverture et la fermeture, le vide et le solide, le court et le long, le retrait et l’extension.

    Le Yin et le yang devraient être également répartis. L’équilibre du Ciel et de la Terre créera un environnement sain. La campagne et les personnes seront en sécurité et en paix ; la récolte sera fructueuse. Si le Ciel et la Terre ne sont pas en harmonie, cela causera des catastrophes naturelles, telles que les inondations ou les sécheresses.

    Les êtres humains ont besoin de l’équilibre entre le yin et le yang pour se maintenir en bonne santé. Si le yin et le yang ne sont pas en proportion équilibrée dans le corps humain, un désordre du qi, et xue(3) [le sang], manifestera une maladie des membres et des organes.

    Nous avons trois sources : le Ciel, la Terre, et les êtres humains. Le Ciel et la Terre (le yang et le yin) créent toutes choses. Chacune a en elle du yin et du yang. Entre le Ciel et la Terre, il y a des êtres.

    Nous disons que les êtres humains sont le ling(2) [ou l’âme] de toute chose. Le monde est créé par la combinaison du Ciel, de la Terre et des êtres humains. Le Ciel a trois éléments parfaits : le soleil, la lune et les étoiles. La Terre a trois éléments parfaits : l’eau, la terre et le feu. Les êtres humains ont trois composantes parfaites : le jing(1), le qi(4) et le shen(2).

    Le Taijiquan est issu de l’art de suivre le dao du mouvement du Ciel et de la Terre, le dao du yin et du yang, combiné avec la théorie de la médecine traditionnelle chinoise. Le Ciel, la Terre et les êtres humains ont tous un mouvement cyclique. Tous ont la caractéristique commune de la circulation.

    Chez les êtres humains, l’énergie circule dans les méridiens, le réseau du corps entier. Divers problèmes de santé apparaîtront si les méridiens sont bloqués. Ainsi, il est dit que « bu(4) tong(1) ze(2) tong(4) » [vous ressentirez de la douleur si les méridiens sont bloqués].

    Le mouvement en spirale du Taiji est fondé sur la même théorie de la rotation du ciel et de la terre. Le Qi s’élève à travers le méridien « du », redescend par le méridien « ren », et remplit le méridien « dai ».

    Alors la pratique du Taiji est principalement le xiulian du yin et du yang ; de pratiquer à la fois le « xing » (4) [le caractère/la spiritualité/la personnalité] et le « ming » (4) [corps/vie/santé physique]. Le Xing détermine le jing(4) [calme, paisible, silencieux] ; le « ming » détermine le mouvement.

    Wuji est jing(4) ; le Taiji a besoin de mouvement. L ’équilibre central est requis lorsque vous bougez ; le yin et le yang doivent être également répartis. Le Jing(4) s’élèvera après assez de mouvements.

    De la même façon, vous souhaitez vous déplacer après vous être reposé pendant quelque temps. C’est un processus très naturel. [Le Maître Feng insiste sur le fait que la pratique correcte du Taiji est un processus tout à fait naturel. Le repos suit naturellement le mouvement, et le mouvement suit naturellement le repos. Les deux sont interdépendants et se transforment l’un en l’autre, tout comme les portions de yin et de yang du diagramme du Taiji.]

    Le Taiji est un art basé sur cette théoie. Cela revient essentiellement à parler de nourrir sa santé. Si vous parlez d’auto-défense, le Taijiquan a absorbé les meilleures techniques de nombreux et différents arts martiaux tant internes qu’externes, et les a combinées avec sa théorie du yin et du yang.

    Il est devenu au fil du temps un art martial unique et très précieux, efficace pour préserver la santé et développer une capacité d’auto-défense réelle. Ceci est la caractéristique principale du Taijiquan.

    YY  : Vous êtes fameux en tant que l’un des meilleurs pratiquants du Grand Maître de la 17ème Génération du style Chen, le Grand Maître Chen Fake. En dehors du style Chen, avez étudié d’autres arts martiaux ? Comment avez-vous intégré ces arts dans l’essence de votre système d’entraînement ?

    FZQ  : lorsque j’étais un jeune homme, dans ma ville natale [Sulu, Province d’Hebei] j’ai étudié le style Shaolin auprès de mon oncle, Wang Yun Kai. Plus tard à Beijing (ndt : Pékin), j’ai appris le Tong Bei Quan du Grand Maître Han Xiao Feng, qui est de la ville de Can Zhou, dans la Province de Hebei. [Cang Zhou est le lieu de naissance réputé de plusieurs arts martiaux.]

    J’ai appris le style Chen du Grand Maître Chen Fake. Auparavant, j’avais étudié le Xinyi sous la férule du Grand Maître Hu Yaozhen. Ces enseignants m’ont tous les deux transmis leur art d’une manière « qin(1) shou(4) mi(4) shou(4) » [rapprochée et secrète].

    Le style Chen Xin Yi Hun Yuan Taijiquan [le système enseigné par le Grand Maître Feng] est principalement la combinaison de ce que j’ai appris des Grand Maîtres Chen Fake et Hu Yaozhen.

    A part des deux formes du style Chen, nous avons aussi de nombreuses pratiques spécifiques de répétition. Les formes spécifiques essentielles sont appelées taiji hun(2) yuan(2) gong(1) [exercices dynamiques de qigong], taiji chan(2) si(1) gong [exercices d’enroulement de la soie], taiji ji(4) ji(2) [combat] gong, etc.

    Si nous rassemblons tous les gongs, nous arrivons à presque 10 routines ou formes de pratiques. Ce sont les gongs qui vont permettre aux pratiquants du Taiji d’atteindre un haut niveau martial. Il existe un ancien dicton chinois selon lequel "Vous n’obtiendrez rien, même si vous pratiquez toute votre vie, si vous ne pratiquez pas le gong."

    Nous l’avons appelé xin yi car nous devons utiliser yi (l’intention) pour guider le qi, employer le qi pour mouvoir notre corps. Alors exercez le qi plutôt que li [la force psychique/musculaire], et exercez yi au lieu du qi. Si vous pratiquez li, cela cassera. Si vous pratiquez uniquement le qi, vous serez raide. Cela coulera de source si vous pratiquez et exercez l’intention.

    Hun yuan est la nature essentielle du symbole de Taiji. Si vous pouvez maîtriser hun yuan, vous connaîtrez la voie directe pour atteindre le plus haut niveau du Taijiquan. Avec le dantian hun yuan qi comme fondation, guidé par xin yi, en suivant les principes du yin/yang et par la pratique/l’expérimentation/l’application des 13 postures, vous pouvez accomplir le cristal du hun yuan qi, le niveau parfait du gongfu.

    La chose la plus importante est jing(1) shen(2) yi(4) nian(4) [l’esprit et l’intention]. C’est le principe premier de notre pratique. Alors nous l’appelons Xin Yi Hun Yuan Taiji. Nous avons le nom de Chen dans le style car il fut en premier étudié et développé par la famille Chen. Cela n’est pas mystérieux. C’est un art très scientifique. Il est devenu plus complet après les contributions de nombreuses générations.

    YY  : Vous dites que nous devons d’abord pratiquer le gong. Qu’est-ce que le gong ?

    FZQ  : la pratique du Gong est la fondation ; c’est le grand xiu(1) lian(4). La pratique du Gong renforce le qi interne. C’est le processus de collecte du qi depuis la nature pour ressourcer notre énergie humaine.

    Si je veux cuire des ravioles et des pâtes, j’ai besoin de farine [en tant qu’ingrédient principal]. Le gong est la farine. Le Qi est la source de notre dong(4)li(4) [pouvoir]. Comme c’est un art interne, vous devez débuter avec l’interne en tout premier, puis apprendre à coordonner l’interne avec le mouvement externe. Il y a un dicton selon lequel : Xing(2) qi(4) ru(2) liu(2) shui(3) [faire circuler le qi est comme de l’eau qui jaillit]. Si vous n’avez pas la sensation du qi interne, cela veut dire que vous ne pratiquez que la forme externe.

    [Une pratique correcte de la forme est aussi un processus d’accumulation du gong. Feng Zhiqiang insiste sur le fait que la pratique du gong est le point de départ. Alors que vous l’effectuez, chaque étape suivante devrait utiliser le gong accumulé et est aussi un moyen supplémentaire pour continuer à emmagasiner le gong].

    [Le gong dont il parle est le même que le caractère Chinois employé dans le terme gongfu ou qigong, mais lorsqu’il est utilisé seul, il a la signification décrite ci-dessus. Le lien entre les deux peut être décrit de la manière suivante : le qigong (travail énergétique) est une pratique essentielle pour donner une bonne fondation au gong. Avec une puissante fondation du gong, vous pouvez atteindre ultimement un très haut niveau de gongfu. La pratique de la forme, des applications, de fa jin, etc. sans la fondation du gong, est une pratique vide qui pourrait porter des fruits à court terme, mais ne permettrait pas au pratiquant d’atteindre un haut niveau de gongfu. [Je voudrais aussi ajouter que certaines personnes en on payé le prix fort pour avoir trop mis l’accent sur les gains à court terme de talent au combat par leur ignorance du gong.]

    Si vous voulez bien pratiquer le Taiji, il n’est pas suffisant de pratiquer uniquement la forme. Vous devez aussi pratiquer le gong : le hun yuan gong, le gong de l’enroulement de la soie, le ji(4) ji(2) [combat] gong, étape par étape. Le Hun yuan gong [les exercices de qigong] nourriront votre énergie, faciliteront votre transformation du jing/en qi/ puis en shen, et amélioreront votre énergie électrique/magnétique.

    Le Hun yuan gong vous permettra d’atteindre un plus haut niveau, de faible à moyen jusqu’à un grand accomplissement. Vous absorberez les meilleurs éléments du Ciel et de la Terre.

    Il existe un ancien dicton selon lequel : « vous pouvez passer le quan, mais vous ne pouvez ignorer le gong. Après avoir pris connaissance du gong, alors vous pouvez connaître le quan ». Peu de personnes ont suffisamment de temps pour pratiquer chaque jour.

    Si vous êtes très occupé, essayez tout de même de trouver une plage de temps pour pratiquer le gong. Vous pouvez passer le quan [la forme]. C’était le conseil de mon Maître. Plus vous êtes occupé, plus vous avez besoin de pratiquer le gong, car il peut renouveler le jing/qi/shen que vous consumez. De cette façon, vous pouvez avoir une bonne santé et une longue vie.

    Pour pratiquer ce type d’art, votre qi doit être doux (qi shun(4)).

    [La théorie traditionnelle de la médecine chinoise dit qu’afin d’avoir un qi doux, vous devez être « taiji tai he », ou paisible]. Vous devez être xiulian ; ne pas laisser les distractions du monde matériel vous déranger. Xiulian se réfère tout d’abord à un état d’être et de comportement ; vous devez améliorer votre xin et votre shen. Quelqu’un qui a xiulian ne désire aucune autre possession matérielle. Vos pensées devraient être zheng(4) [propres, i.e., vous ne pouvez avoir de mauvaises pensées].

    Vous devez rendre xiulian votre zhong qi. Le zhong qi peut s’élever jusqu’au Ciel ou s’abaisser vers la Terre. Le bai hui [le point d’acupuncture au sommet de la tête] est le Ciel, et le hui yin [le point entre l’anus et les organes génitaux] est la Terre. Si vous avez atteint le xiulian, votre qi s’élèvera jusqu’au Ciel, autrement il n’atteindra que la Terre/l’Enfer. [Ceci est un dicton Chinois bien connu.]

    Entre le Ciel et la Terre se trouve l’être humain. Lorsque les êtres humains sont dans la matrice de leur mère, ils absorbent des nutriments à travers le cordon ombilical. Il n’est pas alors possible de respirer à travers le nez. Après la naissance, les humains commencent la respiration post-natale [à employer le nez et la bouche]. Le but de notre pratique est de revenir à cette respiration pré-natale. Nous retournons de notre modalité post-natale à notre origine pré-natale.

    YY  : Xiulian est apparamment un aspect très important de la pratique du Taiji. Pouvez-vous nous en dire plus sur comment développer le xiulian ? Comment ce concept est-il relié à « de » [la moralité] ?

    FZQ  : Dans la communauté des arts martiaux, les pratiquants se réfèrent à l’amélioration simultanée de « de » et de la technique. Cela s’appelle pratiquer à la fois le dao et l’art martial. Il y a une raison à ceci. Sans « de », les pratiquants peuvent employer l’art pour faire des actes mauvais. Pour être honnête, je pense que ma pratique du Taiji élève grandement mon dao comparé à celui d’une personne dans la moyenne.

    Si votre « de » n’est pas bon, votre art et votre technique ne pourront en toute éventualité atteindre un haut niveau. Mes deux enseignants m’ont transmis la notion de « de ». Quelquefois je faisais des erreurs. Mais la chose importante est que je pouvais vérifier moi-même et découvrir quel était le problème, le corriger, et améliorer mon « de ».

    Alors nous devons améliorer notre « de » lorsque nous suivons la voie de l’art. Vous pouvez parler du dao après avoir amélioré votre « de » et maîtrisé l’art. Ce dao n’est pas un mauvais dao. C’est le grand Dao du Yin et du Yang. Il est cohérent avec la Terre et le Ciel. Il est aussi grand que le Soleil et la Lune. C’est le but de notre xiulian. Mais comment faire le xiulian ? Nous devrions cultiver notre esprit avant de pratiquer quan. Pratiquer xin(1) shen(2) yi(4) xing(4). Ces quatre éléments sont réellement une seule chose. Xin est shen, shen est yi, yi est xing. Xiulian améliore notre esprit et en même temps notre courage.

    Cela n’est pas une pratique aisée de faire parvenir notre esprit et notre corps à l’état de xiulian. Cela ne peut être réalisé en une seule journée. Alors nous pratiquons avec notre esprit et notre corps, travaillons notre courage, et améliorons notre jing/qi/shen.

    Le processus entier du Taiji [s’il est suivi correctement] est xiulian. La pratique du Dao rendra la personne forte, apte à se défendre et à défaire les mauvaises situations. Ainsi, notre but est très clair ; autrement, pourquoi pratiquerions-nous ? Il est aussi dit : "Le Taiji devrait amener tai(4) he(2)." « He » signifie l’harmonie paisible des organes internes et de toutes les cellules. Sans « he », vous vous battrez intérieurement avec vous-même et vous sentirez malade. Vous devez être capable de nourrir votre qi.

    [La phrase "Le Taiji devrait amener tai he" signifie que l’harmonie décrite ci-dessus est un but pour le pratiquant du Taiji. C’est un état vers lequel vous travaillez, et une indication que votre pratique du Taiji se déploie correctement.]

    Si vous pouvez faire cela, les personnes reconnaîtront et respecteront votre art depuis leur propre cœur, pas par le biais de la force. Si vous blessez les yeux de quelqu’un, brisez leurs côtes, etc.., vous endommagez irrémédiablement votre « De ». Les pratiquants du Taiji ne devraient pas faire cela. Cela requiert un grand gongfu de s’en abstenir.

    Lorsque vous employez le Taiji pour combattre, vous devez avoir un gongfu pour vaincre sans heurts les personnes. Un grand gongfu peut aussi prévenir les mauvaises choses de se produire. Cela effraiera les personnes de faire le mal. Je suis sorti de la société civile après m’être retiré de mon travail [au début des années 80]. Je me souviens n’avoir jamais blessé quelqu’un. Je suis très heureux de la contribution que j’ai laissée à la société et au monde dans une si courte période de temps. Je suis aussi enchanté des liens d’amitié que j’ai forgé. Nous avons de très bonnes relations avec les autres arts martiaux.

    YY  : Les personnes ne comprennent pas et sont confuses sur le point de « peng ». Comment le définissez-vous ?

    FZQ  : Peng(2) lu(3) ji(3) an(4) xu(I) ren(4) zhen(l) [vous devez clairement distinguer et prêter attention à peng/lu/ji/an]. Shang(4) xia(4) xiang(l) shui(2) ren(2) nan(2) jin(4) [une bonne coordination entre la partie supérieure et inférieure du corps préviendra l’entrée de l’adversaire].

    Ren(4) ping(2) dui(4) fang(1) lai(2) da(3) wo(3). Si(4) liang(3) hua(4) dong(4) bo(1) qian(1) jin(1) [peu importe quelle force déploie l’adversaire dans ses attaques, je peux utiliser 4 onces pour le neutraliser]. Ces dictons sont employés pour exprimer le but.

    Peng signifie que l’énergie va vers le haut ; lu, vers l’arrière (du côté gauche ou droit) ; ji, en avant ; an, vers le bas. Mais peng est aussi exprimé dans lu, ji, et an. Lu est peng vers l’arrière. Ji est peng vers l’avant. An est peng vers le bas. Si vous n’avez pas l’énergie de peng, vous êtes trop doux. Peng/lu/ji/an sont juste une variation de peng : vers le haut/le bas, l’avant/l’arrière, et gauche/droite.

    YY  : Est-ce que cela signifie qu’il y a deux définitions de peng ? L’une est la direction vers le haut de l’énergie dans les quatre directions, tandis que l’autre recouvre un concept plus large, celui de l’énergie qui s’étend ?

    FZQ  : Il est possible de distinguer ; de donner deux définitions. L’une est la direction vers le haut de l’énergie à quatre côtés (peng/lu/ji/an), l’autre est yi(4) qi(4) gu(3) dang(4). [Gudang a une signification très subtile. Il est ici utilisé pour décrire l’expansion vers l’extérieur/le mouvement/la vibration de yi et du qi.]

    Chaque mouvement est guidé par le mouvement du yi et du qi. Si vous n’avez pas « yi qi gudang », vous vous effondrez. Même si vos membres ne bougent pas, vous devez avoir le yi et le qi. Lorsque votre intention arrive, votre qi arrivera aussi. Le mouvement suivra naturellement et votre force émanera.

    YY  : Quel est votre conseil aux personnes qui pratiquent le Taiji aux Etats Unis ? A quoi devraient-elles prêter attention lorsqu’elles pratiquent les poussées de mains ?

    FZQ  : La pratique de quan et de gong est un travail solitaire. Les poussées de mains sont un entraînement à deux personnes. Quan et gong sont xiulian ; les poussées de mains sont aussi xiulian. Quan et gong sont la pratique de yi et du mouvement du qi ; les poussées de mains recouvrent aussi la pratique de yi et du mouvement du qi.

    Parce que les poussées de mains sont une pratique de yi et du mouvement du qi, les conditions suivantees sont requises : 1) zhong ding [l’équilibre central], 2) luo(2)xiuan(2)chan(2)rao (3) [spiraler l’énergie], et 3) zhan(l) lian(2) nian(2) shui(2).

    [Zhan lian nian shui est le plus souvent traduit par adhérer/connecter/coller/suivre. Une compréhension de l’application de l’énergie en spirale et du concept d’adhérer/connecter/coller/suivre peut seulement être obtenu par l’expérience [i.e., par l’enseignant qui le démontre à l’étudiant, en face à face.]

    Vous devez éviter ding(3) pian(l) diu(I) kang(4). [Ding signifie venir à la rencontre et répondre à une force entrante « tête première ». Pian signifie "oblique," pour se référer à la perte de l’équilibre central.

    [Diu signifie être élastique sans réponse, être yin mais pas yang. Diu signifie aussi déconnecté, sans écoute. Kang veut dire résister/combattre/lutter tandis que vous perdez déjà votre équilibre sans faire la moindre neutralisation]. Vous devez être capable de faire bian(l) hua(4) bian(l) fa(l) [de libérer l’énergie en même temps que vous neutralisez]. Cela est appelé hua(4) zhong(I) you(3) fa(l) [avoir libéré l’énergie à l’intérieur de l’action de neutraliser].

    Pratiquez et cultivez le qi au lieu de li ; pratiquez et cultivez yi au lieu du qi. Après que vous ayez pratiqué suffisamment et de la manière adéquate, vous accumulerez naturellement le gong(1) dao(4) zi(4) ran(2) cheng(2).

    [C’est un dicton très célèbre. Sa signification est semblable à celle du terme gongfu. Elle fait référence à un niveau d’accomplissement, qui est le fruit d’un effort constant et dédié, ainsi que d’une pratique correcte. Ce dicton peut servir de référence à toute forme d’accomplissement - pas simplement au wushu.]

    Après que vous ayez pratiqué les poussées de mains, alors vous pratiquez jian(4)shou(3) fen(1) li(2) [jetter l’adversaire immédiatement lors du toucher au cours de l’entraînement].

    C’est comme si vous faisiez lever du blé. Vous ne pouvez tirer le blé vers le haut [le forcer à pousser]. Ou, pour employer une autre métaphore, vous ne pouvez vous attendre à ce qu’un bébé courre avant qu’il ne sache se tenir debout. Vous devez procéder pas à pas. Cela semble lent, mais c’est réellement la manière la plus efficace. Vous ne pouvez aller trop vite. Si vous le faites, vous briserez le principe de modération, wu(2) guo(4) wu(2) bu(4) ji(2). Les poussées de mains requièrent de la modération et d’éviter ding pian diu kang [défini au-dessus]. N’ayez jamais à l’esprit l’idée de blesser les personnes ; cela est aussi xiulian.

    Dans les classiques il est dit "rou(2) hua(4) gang(l) fa(l)," qui signifie céder/neutraliser avec douceur, libérer avec dureté. Vous devez pratiquer rou(2) [la douceur] et hua(4) [céder/neutraliser].

    Le même principe s’applique à quan, [la forme] sa pratique ; pratiquez song(l) [la relaxation] tout d’abord. C’est facile de pratiquer quan, mais difficile de pratiquer song. Dans les poussées de mains, il est aisé de pratiquer fa [libérer rapidement], mais plus difficile de mettre en oeuvre hua(4). Si vous pouvez faire hua avec 1,000 livres ou 500 kg, c’est une chose si facile de faire fa.

    [Une autre question est de savoir comment faire fa. La voie correcte, ou la plus efficace est de demeurer relaxé jusqu’au point ou moment du contact. Toute l’énergie est alors focalisée sur ce point.]

    Vous devriez voir dans les poussées de mains une forme d’entraînement au gong. Après avoir suffisamment pratiqué, une instruction concise de l’enseignant sera suffisante pour vous en expliquer la signification plus approfondie.

    [Les mots employés par le Maître Feng furent en réalité "yi ( I )di an (3) jiu (4) tou(4)," ce qui signifie un seul toucher peut pénétrer. "Un toucher" fait référence à une brève instruction de l’enseignant.] Si vous n’avez pas suffisamment pratiqué, vous ne comprendrez jamais, quand bien même votre instructeur essayerait de vous l’expliquer au mieux de ses capacités. Si vous n’avez pas assez pratiqué, votre réaction instinctive à une poussée sera de faire ding [d’appliquer la force à l’encontre d’une force entrante].

    Les poussées de mains sont une pratique de gong, et c’est aussi un entraînement de qigong. Enfin, c’est une pratique de la technique. [Note : Feng Zhiqiang a défini pas à pas l’ordre de la pratique : gong-Chuan-poussées de mains-combat libre.]


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