• Entretien avec Me Feng Zhiqiang

    L’ Importance de l’ Accomplissement du SONG


    "SONG" (prononcez "sown" en anglais et "saôn" nasalement en français) est la clé de la maîtrise du Taiji Quan, et, croyez-le ou non, ils sont nombreux ceux qui après avoir pratiqué le Taiji Quan pendant 10 ou 20 ans, ne sont toujours pas "Song", qui en d’autres termes, n’ont toujours pas franchi le seuil de cet étonnant art martial Chinois.

    En anglais, il n’y a pas d’équivalent pour le caractère Chinois "Song" (et en français ?), qui signifie être relâché ou détendu et ne pas utiliser de force brute et, plus important, étirer et décontracter tous les muscles, tendons et articulations du corps, etc... Vous pouvez dire d’un pratiquant qu’il est song ou non, uniquement en le testant dans une compétition de Tuishou, ou lors d’un entraînement libre.

    Beaucoup de personnes paraissent très song quand ils font la forme, mais de fait ne le sont pas s’ils sont déséquilibrés à chaque fois que leur adversaire les pousse ou applique tout autre technique de tuishou. Les avantages à être Song.

    Si vous êtes véritablement song, alors si votre adversaire vous donne un coup de pied ou vous pousse, vous serez capable de parer facilement au lieu d’être renversé. Cela parce que toutes vos articulations sont relâchées et que votre force interne est toujours présente là ou se concentre votre esprit, au moyen d’une bonne coordination du corps entier. Vous êtes si détendu que vous pouvez ressentir le prochain mouvement de votre adversaire dès que vos bras sont en contact avec les siens. Vous serez capable de suivre - et non pas résister ni s’enfuir - mais neutraliser et contre-attaquer dans le même temps.

    Je montre toujours à mes étudiants comment se décontracter pour se sortir des situations difficiles. Lorsqu’un de mes anciens élèves me pousse, je relâche ma taille et dans le même moment, mes bras le collent et le laissent pousser. Il peut pousser autant qu’il veut. Mon relâchement lui rend difficile de garder son centre. Avancer ou se retirer semble difficile pour lui. Je peux faire un "tirer" ou un "pousser" pour clore la démonstration.

    Une autre fois, un étudiant saisit mon poignet droit avec sa main droite pendant que sa main gauche se place au dessus de mon coude droit, essayant de me faire un "roll-back" (Lu). Je relâche l’articulation de mes hanches et suis hors de danger. Si mon bras est près de son corps, je peux aisément placer ma paume gauche dans le creux de mon coude droit pour le "presser" hors de son centre. Ou si un étudiant effectue un "presser" sur moi, je tourne juste ma taille pour neutraliser et répliquer par une poussée.

    Lors d’un stage, mes anciens étudiants étaient impatients à l’idée de tirer vivement ma main droite (ou gauche) vers le haut ou le bas. Ils voulaient aussi me saisir les mains et les pousser en directions opposées pour croiser mes bras et me déséquilibrer. Je relâchai simplement ma taille et mes hanches et je fus hors d’ennuis. Ils me saisissaient fréquemment la main et me tournaient le coude vers le haut, essayant de me jeter. Je ne fis que me relâcher et suivre. Parfois, je pouvais les pousser après avoir échappé à leur contrôle. Ils ne firent plus ces ruses pensant qu’elles étaient inefficaces. 

    Tous les pratiquants de Taiji Quan doivent tout d’abord être song avant que leur aptitude puisse parvenir à un haut niveau. Cheng Man Ching, un maître des années cinquante, soixante et du début des années soixante-dix a dit dans son livre book Zheng-zi Taijiquan Zi Xiu Xin Fa, qu’il rêvât que ses deux bras étaient cassés. Le jour suivant, à une séance d’entraînement, il battit tous ses adversaires parce qu’il était devenu song. Dès lors, son niveau s’améliora. Son rêve coïncida avec l’avènement de son song qui fît de lui plus tard un maître du Taiji.

    Beaucoup de gens ne savent pas que le song peut produire une force puissante. Un de mes professeurs me montrant l’application martiale d’une posture me frappa doucement le bras avant avec sa main (le tranchant de la main). Mon bras eut tellement mal que je fus incapable de le bouger librement pendant dix ou quinze minutes. En Tuishou, sa force était si puissante qu’il pouvait me jeter à chaque fois qu’il le voulait, que j’usasse ou non de la force. Une fois, il me saisit les mains (ou les bras), je pus difficilement me dégager. Il ne semblait pas user de la force. A ce moment il était song, et je ne l’étais pas. Comment être Song.

    Ne confondez pas song et relaxation. Le song indique au pratiquant que ses capacités sont sur le point d’atteindre un niveau supérieur. Il est relaxé, alerte (capable de sentir les prochains mouvements de son adversaire), souple (capable de suivre), agile (capable de bouger rapidement), fort ("comme le fer enveloppé de coton" ; citation de Yang Chen-Fu), et assuré (de ses capacités).

    Song est le résultat de plusieurs milliers d’heures d’entraînement correct. Il ne vient pas de l’imagination ou des rêves. La relaxation est la fondation du song. Cela implique la relaxation (la détente) de l’esprit et du corps entier. La force brute n’est pas recommandée.

    La partie la plus difficile du song est le relâchement et l’étirement de toutes les articulations du corps. Pour cette raison, lorsque nous faisons l’enchaînement de Taiji, nous devons suspendre le sommet de notre tête, laisser s’enfoncer notre taille (pour relâcher et étirer les vertèbres de notre cou et de notre colonne vertébrale), laisser tomber nos épaules et nos coudes (pour relâcher et allonger les bras), fléchir nos genoux et garder l’entrejambe décontractée et arrondie (pour relâcher et étirer les jambes).

    SHEN Jia-zeng, un des anciens élèves de CHEN Zhao-Kui, écrivit avec Gu Liu-Xin, dans le livre "Chen Shi Taiji Quan", que l’étirement des articulations du corps pouvait produire le "Peng Jing" ou force interne, et il avait raison.

    Mon maître Ma Hong a dit dans son article sur la relaxation (la traduction de cet article a été publiée dans le numéro de décembre 1996 de Taiji Magazine), que la relaxation commence avec un esprit détendu. Le point crucial se trouve dans le relâchement de l’articulation de nos épaules et de nos hanches. Une fois ces "quatre gros morceaux" relâchés, vous êtes sur le point de devenir Song. Il recommandait de pratiquer l’enchaînement en position basse, et de respecter rigoureusement la règle d’effectuer tous les mouvements avec la taille, en coopération avec le "Dan Tian" (dans la partie basse du ventre). "Si la taille ne bouge pas, vos bras ne devraient pas bouger. Si l’intérieur (Dan Tian) ne bouge pas, l’extérieur (le corps) ne doit pas bouger". Dans ma pratique, je bouge toujours ma taille et le Dan Tian avant les bras.

    Nous ne devrions pas sous-estimer l’entraînement en position basse. C’est dur pour les jambes, mais cela permet le relâchement des articulations des hanches beaucoup plus rapidement que la position haute, et ainsi raccourcit le temps nécessaire pour devenir song. Cela donne également de la force interne. De par mon expérience propre, je suis devenu song après que l’articulation de mes hanches se soit relâchée.

    Contrairement à la croyance de beaucoup qui est que le Taiji Quan demande l’utilisation de l’esprit et non de la force, la force interne est absolument nécessaire pour les pratiquants de Taiji. En Tuishou ou en combat libre, sans la force interne, il est très difficile, voir impossible de gagner une compétition. On peut acquérir la force interne aussi bien par la pratique des formes du Taiji Quan, que par l’entraînement aux exercices de force interne, comme la pratique de la Longue Perche (da gan), du Bâton Court du Taiji (Taiji Chi), du Taiji Ball, du Taiji Qi Gong (le Bai ba qi gong zhuang du style Chen), etc... L’entraînement aux exercices de force interne joue un rôle important dans l’aide du pratiquant au song et lui donne une énergie interne forte. Nous devrions au moins consacrer un tiers du temps de notre entraînement pour faire ces exercices.

    Si vous vous entraînez dur sur l’enchaînement et les exercices d’énergie interne, je doute fort que vous n’ayez pas pratiqué le Tuishou pour en tester les résultats. Dans la pratique du Tuishou, tous vos défauts, comme user de la force brute, sans "peng jing " (les formes "effondrées" - collapsed forms), lever les épaules et les coudes, la résistance (ding jing) et la fuite (diujing) seront exposés... Naturellement, votre force (externe) sera également étalée. Passez au moins deux heures par semaine à faire du Tuishou avec les copains ou vos partenaires d’entraînement. Travaillez dur sur les quatre principales portes du Tuishou : Parer, Enrouler en arrière (tirer), Presser et Pousser. Ainsi, un jour, vous vous rendrez compte soudainement que les articulations de vos hanches sont détendues, et vous serez sur le point d’être song. Ce moment est une expérience excitante, que seuls peuvent comprendre ceux qui sont passé par là.

    Désormais, vous pouvez évoluer au plus haut stade de l’entraînement du Taiji Quan : le combat libre. Vous n’aurez pas trop peur de vous battre car votre pratique du Tuishou et votre entraînement sur la force interne auront déjà posé de solides bases pour cela. Votre song et votre énergie interne vous donneront de l’assurance. Vous êtes sur la voie de la maîtrise du Taiji Quan.

    Conclusion

    je voudrais souligner que la clé du song est dans l’articulation des hanches. Ma Hong a dit qu’une fois les articulations des hanches relâchées, les articulations des épaules et du reste suivent naturellement. Le fait que je suis capable de faire les démonstrations à mes élèves est parce que je suis Song.

    Les classiques du Taiji Quan disent : " La chose principale est que tout mouvement devrait être conduit à partir de la poitrine et de la taille ". Ils disent également que " S’il n’y a aucun manque, la solution doit être trouvée dans la taille et les jambes ".

    Vous pouvez vous demander combien de temps cela prendra pour devenir song. Mon opinion est que cela prend dix ans si vous pratiquez l’enchaînement, les exercices d’énergie interne et le Tuishou une heure par jour. Cela prendra cinq ans si vous pratiquez deux heures par jours. Certains peuvent mettre plus de temps pour devenir song, pendant que d’autres y mettront un temps plus court.

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